Télia & moi

14 mai 2013

Lundi 13 mai, 1h30.

Télia a des jambes immenses et soyeuses, des bas sombres, un porte-jarretelle noir, une culotte en fine dentelle et un bracelet en or blanc. Elle ne porte rien d’autre, elle est vraiment jolie. Ses seins ont l’air doux et ne sont pas trop gros, ils prennent tendrement la lumière. Télia boit du champagne sur le canapé de notre chambre d’hôtel. Elle fait glisser ses pieds entre les coussins. Elle regarde vers la fenêtre, vers moi ou vers la bouteille de champagne.

Je porte une paire de souliers Kenzo bruns, un jean Pépé Jeans noir qui tire sur le gris, une chemise Hugo Boss, noire aussi avec de petits boutons de manchettes rouges, une chevalière en or, une bague en argent montée d’un onyx carré, un bracelet Dinh-Van et une paire de lunettes Oliver Peoples. Je suis assis sur un fauteuil en cuir qui grince, devant un bureau en bois vernis et je suis en train d’écrire les mots que vous êtes en train de lire.

Télia est une escort girl, mais ce soir, nous n’irons pas au restaurant et nous ne ferons pas l’amour. J’ai payé Télia pour me regarder écrire toute la nuit. Juste me regarder. Elle a le droit de boire du champagne et de se taire. Jusqu’à 8h30, demain matin.

J’éprouve une certaine fascination concernant la relation entre un client et une prostituée. Cet échange d’argent et de chair, ce gène, inévitable de se retrouver en face de quelqu’un avec qui on va baiser sans gloire. La situation m’écoeure un peu, mais le malaise m’intéresse.  J’aime vraiment beaucoup les situations embarrassantes, les instants de flottement, les sourires gênés et les rires jaunes.

J’aime qu’on me lise, j’aime écrire. Tout me plait là-dedans, je trouve ça incroyablement élégant et romantique. Quand je balance un billet et que je le vois se propager, que j’imagine les yeux des gens parcourant mes mots, je vis une extase.

Alors j’ai voulu essayer à ma façon de me payer une escort. Pas pour me faire sucer. Pas au sens propre. Ce soir je possède son temps plutôt que son corps. C’est tout aussi sale en fait.

Dans le scénario que j’avais initialement imaginé, j’utilisais machine a écrire plutôt qu’un ordinateur. Petit manquement, je n’ai pas pris le temps d’en acheter une. Mais c’est presque comme dans ma tête. C’est une drôle de sensation que de réaliser une idée, un fantasme. D’y être.

Pardon Télia, j’espère que le champagne est bon.

Lundi 13 mai, 2h15

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15 Commentaires

  • Reply Noémie 14 mai 2013 at 8 h 29 min

    Juste superbe.

  • Reply Cristophe 14 mai 2013 at 10 h 11 min

    Télia te regarde écrire, nous lisons le résultat, c’est différent.

  • Reply loukoum 14 mai 2013 at 11 h 31 min

    Il ne suffit pas de créer des situations dérangeantes pour être clivant. Il ne suffit pas d’être clivant pour avoir du talent.
    Il ne suffit pas de multiplier les « je » et les « moi » pour donner dans l’auto-fiction de génie.
    Pourquoi vouloir chercher le sujet le plus ‘original’ avant d’avoir appris à écrire? Pourquoi ne pas apprendre d’abord la syntaxe, le rythme… et accessoirement l’orthographe (« j’ai écris d’autres choses cette nuit »…).
    Evidemment ce commentaire va nourrir ton blog, je serai catégorisé comme hater… Ce n’est pourtant pas le cas; juste quelques conseils de bon sens si tu souhaites faire autre chose que du buzz.

    • Reply Guillaume Natas 14 mai 2013 at 11 h 48 min

      Bonjour Loukoum,

      Merci pour tes conseils. Si tu lis mon ancien blog et que tu remontes dans les archives, tu verras qu’à défaut d’être bon aujourd’hui, j’ai au moins fait des progrès.

      En écrivant et en postant ici et en ayant des retours, j’apprends, justement. Tu peux, si tu veux me faire un retour un peu plus précis sur ma syntaxe et mon sens du rythme.

      guillaume@natas.fr

  • Reply Feriel 14 mai 2013 at 11 h 46 min

    Entre payer une escort pour te regarder écrire et nous faire subir un texte aussi pauvre, je sais pas ce qui est le plus sale…

    • Reply Guillaume Natas 14 mai 2013 at 11 h 52 min

      Merci beaucoup, je suis heureux que tu aimes.

  • Reply Remi 14 mai 2013 at 12 h 56 min

    Je suis le seul a me demander combien cela ta coûté ? Moi je trouve sa beau comme texte, et je m’en fiche qu’il ne soit pas parfait.

    « Orthographe Syntaxe. La science qui épelle avec l’oeil à la place de l’oreille. Défendue avec plus de chaleur que de lumière par quelques échappés d’asiles. »
    de Ambrose Bierce

    • Reply Guillaume Natas 14 mai 2013 at 13 h 00 min

      Merci Rémi.

      Oui, il y a toujours des gens pour venir critiquer le style. C’est gentil de leur part, ça leur permet de dire un truc. L’important pour moi c’est que mon éditeur apprécie ma syntaxe…

      J’attends de voir si le mec d’au-dessus va me mailler.

      Je trouve aussi que j’écris bien en tout cas.

    • Reply FELIX LE CHAT 16 mai 2013 at 12 h 29 min

      L’écrivain défend la langue, comme un chevalier ses dames contre le temps qui passe.

      Sans forme, l’autre n’existe pas. Ou pour l’écrire autrement : quand la forme disparaît, c’est que l’autre a déjà disparu et que nous baignons dans « le pareil, le médiocrement pareil ».

      « Syntaxe ou l’autre dans la langue » Philippe Lançon 2004

    • Reply FELIX LE CHAT 16 mai 2013 at 21 h 05 min

      Sachant qu’Ambrose Bierce a écrit « Write it right »en 1909, un guide de la bonne syntaxe, j’aimerais bien savoir où tu as trouvé ta citation ?

  • Reply Phonography 14 mai 2013 at 22 h 09 min

    Portrait du lecteur en prostituée.

    Après avoir lu le texte, je me sens étrangement comme cette petite Télia, alors que c’est bien moi qui ai cliqué par curiosité (prévisible il est vrai: avec un tel titre, on ne peut que s’attendre à susciter sur un certain imaginaire sexuel).

    Et ce narrateur qui aime  » vraiment beaucoup les situations gênantes » a réussi le pari de me mettre mal à l’aise, en particulier le paragraphe sur les vêtements, étalage rédhibitoire de marques.

    Très sincèrement, bien joué, je me sens aussi sale que la prostituée maintenant.

    • Reply Guillaume Natas 14 mai 2013 at 22 h 18 min

      Merci pour ce gentil commentaire. Et pour le malaise, c’est avec plaisir.

      Je t’embrasse.

  • Reply Ori 26 mai 2013 at 21 h 45 min

    « ce gène, inévitable de se retrouver en face de quelqu’un ». Jeu de mots ? Ou « cette gêne » ? Pas compris…

  • Reply Mr Propre 27 mai 2013 at 15 h 26 min

    Joli texte.

  • Reply Ingrid 11 juillet 2013 at 11 h 30 min

    Une matinée où je ne savais pas trop quoi faire, et je me souviens d’avoir lu ton article sur la cigarette ( grâce au twitter de Neodern 😉 ).
    Je n’ai pas lu tous tes articles, je l’admet ouvertement, mais celui-ci m’a attiré, et j’ai cliqué dessus.
    Tu as un style d’écriture qui t’es propre, et qui est agréable et facile à lire.
    Je finirai ce commentaire en te disant : Ne t’arrête pas d’écrire 😉
    Bonne journée.

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