J’ai participé à un blocus lycéen #honte

19 octobre 2013

Il y a quelques années, je participais – cheveux aux vents – au blocus de mon lycée pour protester contre le CPE, le contrat première embauche. Je ne me souviens même plus vraiment de ce que c’était, le CPE.

Mais on n’était pas content du tout, alors on avait mis des tables et des barrières devant la porte et on votait deux fois par jour pour continuer le blocus. Le reste du temps, on allait aux manifs et on fumait des chichas, des clopes ou des joints devant notre bahut et surtout, on n’était pas content du tout.

Ce sont d’assez bons souvenirs, que j’ai rangés dans la même boite que mes conneries d’internat et mes bêtises de colo.

Aujourd’hui, avec quelques années de plus et une expérience dans l’éducation, j’irais quand même bien mettre des grosses baffes à ma petite gueule de chevelus de l’époque. Et si je devais choisir un moment pour le faire, ce serait le jour, ou j’ai participé au lynchage (pas physique, mais verbal) d’une étudiante qui avait décidé de forcer le blocus pour aller en cours d’anglais. Nous lui avons dit qu’elle devait « être solidaire du mouvement » et nous l’avons hué quand finalement, elle est passée.

Putain, mais quelle petite merde j’étais. Un petit lycéen de merde, en grève. Content. Sure de lui.

Le droit de grève est un outil pour gens « productifs ». Un outil qui permet de faire pression sur un patron – ou un supérieur – en arrêtant la productivité et en le mettant, donc, bien dans la merde. Il prend ainsi conscience de l’importance des grévistes. C’est un mécanisme qui est également sacrificiel pour le gréviste, qui ne sera pas payé durant sa grève.

Le lycéen n’est pas productif, il est passif. Il profite gracieusement d’une formation, au nom du droit à l’éducation (article 26 des droits de l’homme, fils de pute), grâce aux impôts payés par ses ainés. Dans le lycée que j’ai bloqué, il y avait une piscine. Voilà voilà.

Un lycéen ne peut donc pas être « en grève », il peut sécher les cours… en masse, à la limite. En revanche, quand il fait un blocus, c’est aux autres lycéens qu’il nuit, ceux qui veulent aller bosser, qui ne soutiennent pas le mouvement. Les mouvements de grève lycéens sont généralement politiques, il est donc naturel qu’il ne soit pas suivi par tous. C’est de l’extrémisme et c’est la preuve que les lycéens ne sont pas prêts à s’exprimer par les actes. Pour moi le problème vient du fait qu’une grève de lycéen ne sera pas punitive pour les « grévistes » comme l’est de manière pécuniaire, une vraie grève. Au final les cours seront adaptés en fonction du temps de grève. Il n’y aura pas plus d’échecs au BAC (cf. mai 68). Pas de conséquence, juste des cours qui sautent, l’ivresse de prendre le pouvoir sur son lycée, le bonheur de s’offusquer en coeur.

Un blocus lycéen est une insulte à l’intelligence et aux droits de l’homme. N’en faites plus, réfléchissez, devenez plus sage et plus juste que vos aînés. Et quand le temps sera venu, vous pourrez leur chier dans le cou.

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17 Commentaires

  • Reply Itaelle 19 octobre 2013 at 13 h 33 min

    Hey, je crois bien que ça n’était pas « contrats premier embauche » mais « contrat première embauche ».

    • Reply PanPan 19 octobre 2013 at 14 h 25 min

      wii, c vrè

  • Reply Mint-Water 19 octobre 2013 at 13 h 37 min

    Excellent article où je rejoins complètement ton point de vue, j’étais en 3ème pour le CPE alors nous n’avons pas été touchés par les blocus, mais je sais que depuis il y en a chaque année et c’est bien la merde, surtout quand tu es en Terminale, que tu veux boucler le programme pour ton BAC et que tu as des petites pétasses de 2nde qui bloquent les portes pour faire les belles mais qui ne savent même pas ce qu’elles font et pourquoi elles le font quand tu leur poses la question.

  • Reply Guillermo83 19 octobre 2013 at 13 h 54 min

    Complètement d’accord.

    Il y a un paquet de bonnes claques dans la mâchoire qui se perdent.

  • Reply Riff 19 octobre 2013 at 15 h 20 min

    Hmmm… je suis pas forcément d’accord avac toi…

    Effectivement, un dans mouvement de lycéens, il y a des trucs dérangeants : les fait que beaucoup ne comprennent pas les enjeux, le conformisme et l’agressivité à l’égard de ceux qui ne suivent pas le mouvemement. En même temps on peut pas demander à des jeunes dont les idées sont encore en train de se former d’avoir un point de vue clair et définitif… et on peut encore moins leur reprocher de mal tolèrer les différences d’opinions quand on vit dans une société qui supporte mal les différences tout court.

    Ensuite, je ne voit pas en quoi le fait que les lycéens ne soit pas productifs rende automatiquement toute grève de leur part illégitime : à partir du moment ou leurs revendications sont liées à leurs conditions d’études, ou à leurs futures conditions de travail, ou à tout sujet qui peut les concerner, ils ont le droit de protester et d’agir. Et où protester et agir quand tu es lycéen si ce n’est pas au lycée ?

    Quand au fait que la grève doivent être « sacrificielle », là, j’en reste sur le cul ! Les pertes de salaires entrainées par les grèves seraient donc normale, elle ne seraient en rien un moyen de limiter les grèves et les revendications ? A mon avis, cet aspect « sacrificiel » entre en conflit direct avec le droit de grève.

    Pour finir, tu fait un magnifique raccourcis dans ton avant-dernier paragraphe : grève = politique = extremisme… Je sais bien que la politique est pas très crédible en ce moment, mais quand même, c’est un peu rapide…

    • Reply unOursss 22 octobre 2013 at 17 h 41 min

      « Quand au fait que la grève doivent être « sacrificielle », là, j’en reste sur le cul ! Les pertes de salaires entrainées par les grèves seraient donc normale, elle ne seraient en rien un moyen de limiter les grèves et les revendications ? A mon avis, cet aspect « sacrificiel » entre en conflit direct avec le droit de grève. »

      Donc selon toi, quand des salariés font grève, ils sont rémunérés sur les jours non travaillés? Et tu trouves ça normal?

  • Reply Cristophe 19 octobre 2013 at 17 h 45 min

    Et dans quelques années, peut-être que tu auras honte d’avoir bloguer.

    • Reply Marie 22 octobre 2013 at 22 h 08 min

      alors là vu les torchons qu’il y dépose ………………….. des baffes j’aimerai bien lui mettre

      « Putain, mais quelle petite merde j’étais. Un petit lycéen de merde, en grève. Content. Sure de lui. »
      je te rassure tu as pas changé !!!!!

      • Reply Guillaume Natas 23 octobre 2013 at 0 h 39 min

        Viens.

    • Reply Baja 29 octobre 2013 at 16 h 47 min

      Passe ton Bac Marie

  • Reply Yngvildr 19 octobre 2013 at 21 h 53 min

    C’est bizarre, en lycée ZEP, nous on faisait simplement la courte échelle à ceux qui préféraient rentrer avoir cours par dessus les poubelles et les sacs renversés. On était suffisamment nombreux et effrayants pour que les keufs viennent nous surveiller, je pense que la motivation c’était de ne pas se prendre une bombe lacrymo avant le déjeuner. Le kébab du coin était déjà suffisamment « épicé ».

  • Reply trololo 20 octobre 2013 at 16 h 32 min

    Tu pourrais aussi parler des grévistes routiers, de la ratp, de la sncf…

  • Reply pierrecastor 21 octobre 2013 at 10 h 44 min

    Complètement d’accord. D’ailleurs, dans mon lycée ou l’on se mobilisait aussi, j’ai du me « battre » contre des énergumènes militante qui tenais absolument à bloquer le lycée. On à réussi à transposer cette volonté de blocage en une simple présence devant l’entrée en essayant de mobiliser les entrants à venir manifester en ville avec nous.

    Mais déjà à l’époque, je ne comprenait pas de quel droit on pouvais empêcher des lycéen de rentrer en cours si ils le souhaitais.

    Bref, si j’avais été dans ton lycée, j’aurais sans doute essayer de « casser » le blocus.

    Ce qui aurais été dommage vu que j’étais moi même une énergumène militante et que ce genre de chose divise un mouvement.

  • Reply MonsieurMit 23 octobre 2013 at 11 h 04 min

    Mon souvenir de manif lycèene perso : le passage au second tour de Jean Marie Le Pen en 2002. Tout le lycée content d’exprimer fierement sont « pas content, pas content » le lendemain des resultats. J’en ai fait parti. Tout comme à celle du 1er mai, un jour ferié, avec tout le reste des français pas contents. Cette fois là, les lycéens de mon bahut était une poignée.Trop occupéesa regarder les clips sur M6 chez eux en goutant surement.

  • Reply James 24 octobre 2013 at 1 h 52 min

    Pour ma part, je n’ai jamais compris ces mouvements : le CPE était pour donner une chance à ceux à qui on la refuse en permanence, donc les lycéens et autres étudiants en droit qui n’auraient jamais eu un tel contrat n’ont fait que pénaliser l’avenir de personnes défavorisées… Surtout que le CPE est finalement sorti très discrètement sous une autre forme et il concerne tous le monde, même les cadres, bravo 😉

    Ça m’effraye d’autant plus que des gamins « grévistes » sont nécessairement embrigadés dans des mouvements syndicaux et « politiques » sans même avoir l’expérience du monde du travail, monde qui est au moins apolitique et laïque, n’est-ce pas un très mauvais départ ?…

    Quoiqu’il en soit, je recrute beaucoup pour mon service, et entre un gamin syndiqué « anti-CPE » depuis 5 ans alors qu’il postule chez moi pour son premier boulot et un mec de cité qui a 35 ans, 2 mômes, 2 000 non-réponse à son CV et qui aurai bien voulu un CPE, je sais qui va bosser, apprendre et se défoncer pour avoir un CDI (qu’il aura), et qui risque de m’emmerder parce qu’il a Windows XP et pas Windows 7.

  • Reply Audert 8 novembre 2013 at 11 h 12 min

    Étonnante posture que ce regard sans tendresse sur des moments forcément constructeurs (si ce n’est constructifs ou productifs)…

  • Reply ANONYMOUSPLAYER 11 février 2014 at 23 h 52 min

    Ah ouais, bien assemblé.

    Moi j’étais plutôt en dehors des rails. De l’éducation nationale.
    A l’époque je flairais un aspect dé-constructeur de ces « grèves » envers la grève.

    C’est une époque où j’ai coupé des liens. Nan, « on » a choisit de me les couper.
    Moi qui, en fin de compte sort d’une citée, qui était déscolarisé, qui ait des origines ethniques tribales, qui ait, lol, encore du mal à m’intégrer. Je me disais, putain.

    Oui, le système dans son ensemble est absurde. Le « CPE », quelque soit l’acronyme, c’est juste un grain.
    D’où on lutte contre un grain ? C’est quoi cette misère du message politique social « alternatif » ?

    Putain à la même époque vous me crachiez dessus quand je disais ça. lol.

    Mais on est là, ferrés à ça. On doit subsister et vivre, le tapis roulant roule et le monde se dégrade et les causes sont sérieuses, historiques, profondes. Elles nous dépassent.

    Venir placer aux étudiants cette division politicienne cheloue, ça pue.
    On déconstruit, pardon, on écorche deux truc sacrés. Ouais. Les études et la grève.

    Nous ne contrôlons rien.
    Nous sommes juste otages d’une guerre d’information.
    C’est le destin humain.

    Notre histoire récente est une suite de dérapages collectifs dans la folie.
    Il faut rester sans arrêt en conscience de ça, et garder la tête froide.
    Le monde n’est pas fini et se contracte des mêmes manières, en suivant la même logique.

    Il faudrait le sortir de cette condition.
    Mais c’est une histoire d’initiatives et d’éthique personnelle.
    Ça se joue, en individuel et entre égaux.

    Non nous ne sommes pas chez Disney.
    La réalité est macabre.

    Que ferons nous quand le lac Tchad sera asséché ?
    Voilà un sujet qui ne manque pas de « grains ».

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