Le bruit et les odeurs : J’ai été à la Phéromone Party

22 février 2014

C’est moi qui dois avoir un problème. En décidant de me rendre à la Phéromone Party parisienne du 14 février, j’ai l’impression de catapulter les barrières du fétichisme qui gène. D’ailleurs, il m’est encore difficile de comprendre vraiment le projet : une soirée avec DJ et concert, mais aussi – et surtout – une table permettant d’aller renifler anonymement un t-shirt dans lequel chaque convive aura dormi pendant les 3 jours précédents. Si l’odeur donne envie de provoquer une rencontre, alors un système de photo permet de rentrer en contact avec l’émetteur des effluves. Pourquoi ? Comment ? Qui ? Je n’ai aucune idée de la faune que je vais rencontrer là-bas et de sa réelle motivation. Je ne sais pas si ce sera détendu, si ce sera porno, si ça sera sale ou si ça drôle. En tout cas, Uniqlo qui fournis les T-shirts et Uber qui propose le code-promo « PHéROMONE » pour l’occasion (donnant droit à 15 euros de crédit) semblent beaucoup plus détendus que moi. À croire que je suis le seul à trouver le principe de cette « expérience d’un nouveau genre révélatrice d’alchimies » totalement répugnante. Suis-je devenu trop vieux pour ce genre de chose ?

Sueur froide

Sans trop y croire j’essaie de motiver quelques amis et là, surprise, c’est l’enthousiasme. En 10 minutes, je lève trois personnes, tous ravis à l’idée de « jouer le jeu ». De mon côté, j’ai besoin d’aller me laver les mains à chaque fois que je pense à ce qui m’attend. On chope nos billets sur Up4.fr (Site / appli dont je n’avais jamais entendu parlé qui se défini sur sa page Facebook — 1800 fans — comme le « Rendez-vous avec les bonnes personnes, au bon endroit, au bon moment qui vous offre une expérience urbaine d’un nouveau genre… »), pour 9,50 euros les 4 heures de teuf-malaise au forum de la Bellevilloise.

Trois nuits par semaine

Lundi soir, direction Uniqlo, pour récupérer mon t-shirt. Sur place, je n’ose pas demander où se trouve le stand pour la Phéromone Party. Je trouve finalement quatre nanas derrière une table, au fond du magasin. Des filles font la queue devant. Je récupère mon pack des mains de Florian Delifer le CEO de UP4, qui m’explique que c’est leur premier gros coup. Que ça va être marrant et plein de filles. À ce moment-là, je décide d’arrêter un peu de faire ma délicate et d’assumer un peu. J’ai déjà réussi à motiver 6 personnes, tout Paris trouve le concept super cool, c’est bon, on se détend. De toute façon, les phéromones, ça n’existe pas.

Le t-shirt est blanc, doux, fin et accompagné d’une pochette zippable transparente. Nous allons dormir ensemble jusqu’à vendredi. Le soir, je prends une douche de Bétadine et je vais me coucher.

Comme de la sauce

C’est le grand soir. Alors que les couples de la Terre entière célèbrent leur amour pour la Saint Valentin, je fais la queue devant la Bellevilloise avec mon meilleur ami et un sachet, contenant un t-shirt blanc, porté pendant quatre nuits. Devant nous, une fille chiante nous demande si on se parfume le soir. À contrecœur, on discute et j’apprends qu’elle porte Lolita Lempicka, que son frère porte Black XS et que son père met Fahrenheit. Le vigile nous fait contourner un groupe de gens sans places qui se font froidement recaler (la soirée est full). Mon ticket scanné, je pénètre dans la phéromone party. Je ferme les yeux un instant et imagine ce qui m’attend : une horde de gens ayant tous eu un traumatisme dans leur enfance en train de se rouler dans une montagne de t-shirt sales et odorants. Je fais un pas, je prends une grande respiration, que j’imagine déjà chargée de phéromones, et j’ouvre les yeux.

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Devant moi, Sophie de chez Up4, qui me reconnait, me demande mon sachet. J’hésite à faire une petite blague genre « D’habitude, c’est à ma mère que je donne mon linge sale ». Sophie colle une étiquette verte avec un numéro 230 et m’explique que les filles ont des étiquettes roses. Je lui demande pourquoi celles des mecs ne sont pas bleues. Elle me dit d’aller me faire foutre. On se quitte bons amis. Je balance ma pochette sur une table, et je pars, sans me retourner vers le vestiaire. J’imagine les femmes en furie se jeter sur mon t-shirt. Je souris. Ma vie est parfaite.

Sur le chemin, je mate un peu le peuple : des bonnes meufs, des mecs cools et des mecs chelous. Sur la scène, une rousse qui chante faux (et qui sent certainement fort – comme tous les roux). Je me demande si elle a laissé son t-shirt. Elle transpire. Je me remémore ce que me disait un vieil ami (si tu me lis, fais-moi signe) : « Baiser avec une rousse qui transpire, c’est ce qu’il y a de meilleur. L’odeur, la sueur, c’est un plus, c’est comme de la sauce. »

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Autour des tables, ça renifle dans tous les sens. On se passe les sacs, ont sort les t-shirts de leur plastique, c’est vraiment la fête. Histoire de jouer le jeu, Éléanore (qui est venue avec son mec, et qui avait l’intention de l’envoyer rencontrer ceux qui choisiraient son numéro), Florent et moi choisissons chacun un sac au pif pour aller faire une photo avec. En fait, moi, j’en ai pris un qui sentait Angel, de Thierry Mugler, le parfum que ma mère portait quand j’étais môme. Mauvais délire, pas vrai ?

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Odeur de sainteté

On a pas mal attendu avant de voir nos gueules sur l’écran géant derrière la rousse. On s’est trouvés super mignons et on a fêté ça avec un quatrième mojito. À 23h, sentant l’ambiance tomber, on a décidé de se casser pour aller au KFC. Finalement, on a mangé au Pré Vert, mais c’est pas important. L’important c’est qu’en sortant, on a eu droit à un petit sac cadeau avec une paire de chaussettes jaune dedans. Sans doute un teasing pour la prochaine soirée, un niveau au-dessus côté odeur. Vivement qu’on arrive au jour où ce sera des petites culottes qu’on frottera contre notre nez.

Le lendemain, toutes les photos étaient en ligne sur Facebook. J’ai eu la chance d’être choisi par une meuf.

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Toutes les photos sont.

On ne voit pas trop sa tête et je suis en concurrence avec le numéro 33, mais je suis certain qu’une belle histoire nous attend. Si tout se passe comme prévu, dans quelques années, je pourrais dire au jeune Kévin Natas : « Tu vois mon grand, le 14 février 2014, alors qu’ils étaient au bout de leur vie, papa et maman sont allés à la même soirée. Maman a reniflé le t-shirt de papa et elle a eu envie de faire connaissance. Si papa avait mis du déo, mon Kévin, tu ne serais surement pas né ».

Note de fond

Pour conclure, je ne peux pas dire que j’ai passé la pire soirée de ma vie, les gens étaient pour la plupart assez jolis, bien habillés, les mojitos étaient bons et on pouvait même s’assoir. Après, je pense aussi qu’on atteint la limite du « tout va bien » quand d’une part, tu as des mecs assez jetés pour organiser un tel truc et d’autre part, des gens pour venir, jusqu’a rendre la soirée sold out. Au fond j’aurais préféré me retrouver au milieu de désaxés ouvertement fétichistes.

Alors on peut continuer à écouter Fauve en se disant que tout va bien, qu’au fond on nique la mère du blizzard et que ça va aller. Sauf que non. Nous sommes la génération Phéromone Party. Et ça, il faudra l’assumer devant les générations futures.

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2 Commentaires

  • Reply Femina 18 mars 2014 at 17 h 04 min

    Merci pour cet article, très spéciale cette soirée 🙂

  • Reply Natachatte 23 mars 2014 at 16 h 02 min

    Putain Natas sur quelle planète tu vis…? J’ai maté les photos de l’event sur Facebook c’est rempli de thons Saupiquet.
    Tu te fous de nos gueules ? Les mecs encore y en a un ou deux, ça passe, mais les nanas qui ont toutes remportées le concours de mocheté de leur région ça va deux secondes.

    Finalement je me demande qui a bien pu aller voir l’enfoiré qui sentait du t-shirt pour lui demander plus d’infos sur lui.
    Je suppose que les rencontres se faisaient dans les lieux faits pour ça (tu sais, ceux où tu finis vraiment avec quelqu’un que t’as vraiment envie de te faire).

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