Peut-on rire de tout et avec n’importe qui ?

23 avril 2014

Hier soir, j’étais tranquillement en train de dire des horreurs, lorsqu’une jeune femme m’a sévèrement rappelé à l’ordre :

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On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui

me rappela-t-elle, le menton haut et le regard défiant. Si Desproges avait su que sa phrase deviendrait le mantra des tyrans-chamalow-gardiens-du-saint-premier-degré-et-de-l’humour-juste, il en aurait perdu le souffle.

Quel que soit le sens qu’on donne à cette phrase, souvent mal employée, elle reste, tout au plus, une pauvre punchline a balancer mollement à quelqu’un de plus drôle que soi. Réfléchissons-y ensemble.

Pour que quelque chose soit drôle dans l’absolu, il faut au moins que cela fasse rire quelqu’un. Idéalement, une personne autre que celle qui a raconté ladite chose drôle. Tant mieux si on se satisfait soi-même de ses blagues, mais si on est seul, ça devient personnel et intime et ne concerne plus les autres. Donc oublions ce cas masturbatoire et admettons que pour que quelque chose soit drôle, il faut qu’elle fasse rire quelqu’un qui n’est pas la personne qui raconte ou qui subit l’objet du drôle. On ne s’attardera pas sur ce qui est relativement drôle, car votre subjectivité ne m’intéresse pas. Elle m’épuise même.

Maintenant, prenons un thème que j’ai exploré il y a quelques années (cf les billets interdits) et dont on me parle encore :

LES MAMANGES

Les mamanges, sont les femmes qui ont vécu un deuil périnatal, c’est à dire qui ont perdu un foetus de plus de 7 mois ou un bébé de moins de 8 jours et qui se revendiquent comme tel, principalement sur Internet. C’est un excellent exemple parce qu’à première vue ce n’est absolument pas drôle et pourtant, les mamanges sont très très drôles.

Commençons par nous demander ce qu’il y a de drôle. Moi, ce qui me fait rire en premier, c’est le nom : une espèce de jeu de mots simplet-foireux, que s’est donné cette communauté de désespérées. On rit de la tristesse de la chose, mais putain, qu’est-ce que c’est drôle.

Ensuite on rit de la démarche, de ces forums remplis de longues descriptions de calvaire, de pleurs, d’accouchements qui tournent mal. On rit face à l’incroyable impudeur. Certains riront jaunes, d’autres riront noirs, mais on est un paquet à rigoler. Je l’ai vu durant ces trois dernières années. Quand on parle des mamanges, tout le monde se marre. Et je vous jure que mes amis ne sont pas tous des enculés.

Pause chaton. Pour apaiser les colères

Pause chaton. Pour apaiser les colères.

Du coup, les mamanges, selon ma définition de la chose, c’est drôle. Que ça vous plaise ou non. Et si c’est drôle, c’est qu’on peut en rire.

Voyons maintenant si l’on peut en rire avec n’importe qui. La logique voudrait qu’on puisse rire des mamanges avec tout le monde… sauf les mamanges. Forcement. Il est admis — principalement par les concernées — que la perte d’un enfant est la pire chose au monde (ceux-là ne se sont probablement jamais fait tatouer les côtes, mais passons). Sauf qu’il peut être très drôle de rire des mamanges avec une mamange. Tout d’abord parce que cela peut-être l’occasion de faire découvrir ce terme à l’intéressée, mais surtout l’occasion de situation tout à fait cocasse. Ce fut mon cas, lorsqu’en pleine discussion avec ma très chère mère j’apprends que celle-ci est une mamange. J’apprends également que plutôt que d’aller pleurnicher sur les forums, celle-ci préféra se remettre à l’ouvrage et refaire un enfant. L’enfant en question est en train d’écrire ce scandaleux billet. Ma mère n’a pas fait d’autres enfants après moi. Il semble donc raisonnable d’admettre que si j’existe, c’est parce que ma maman est une mamange. On a vraiment beaucoup rit, elle et moi, lorsqu’on a découvert cela.

Maintenant il y a les mamanges qui ne sont pas prêtes à en rire. C’est totalement compréhensible, mais en même temps, elles s’exposent. Au même titre qu’on ne va pas aller déranger quelqu’un qui a trouvé une blague qui ne fait rire que lui, je pense qu’il est tout à fait légitime de s’exprimer, à partir du moment où quelque chose est publiquement partagé sur Internet. Encore plus si c’est en Comic Sans Ms avec une photo de cadavre à la fin (pardon — ne cliquez pas sur ce lien).

Du coup, au même titre qu’on pourra, en toute impunité, se faire insulter, menacer ou souhaiter la mort de sa descendance, on a le droit de rire. C’est même tout fait naturel. Parce que parfois, on a juste le choix entre rire et pleurer. Ou alors parce qu’on est cruel et qu’on trouve ça rigolo de lire des textes mal écrit, plein de fautes d’orthographe qui raconte les 4 heures de vie d’un petit bout de viande mal né. Être cruel est considéré par certains comme un vice, mais ce n’est pas interdit. À mon sens, c’est même beaucoup plus recommandable qu’être une petite merde coincée qui s’offusque dès qu’on sort du politiquement-correct-carambar.

On peut maintenant faire le parallèle avec d’autres thèmes comme le viol, les différents génocides ou les clichés raciaux. Rire de quelque chose ce n’est pas forcement le cautionner. D’aucuns vous diront même que cela peut même être un moyen de dénoncer. Alors si je condamne avec la plus grande fermeté les violeurs, les génocidaires, les racistes et — pour revenir aux mamanges — les tueurs d’enfants de moins de 8 jours, je suis prêt à rire d’eux. Et la seule raison pour laquelle je ne rirais pas avec eux, c’est parce que je n’en ai pas envie et que j’aurais plus de plaisir à leur mettre des coups de poing dans le ventre.

Reste à savoir si je continuerais de rire si je subis un deuil périnatal. Probablement pas. Ou pas au début. Peut-être même que je regretterais tous ces vilains mots à l’égard des mamanges. Peut-être me dirais-je que le sort s’est abattu sur moi parce que je suis trop cruel. Peut-être irais-je jusqu’a écrire un post de forum, un billet ou un livre pour faire profiter le monde entier de ma peine.

Si ça arrive, j’espère qu’à ce moment-là, il y aura des gens pour rire de moi.

Et maintenant, vous savez pourquoi je pense qu’on peut rire de tout, avec n’importe qui et surtout si ça en fait chier certains.

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24 Commentaires

  • Reply Nina E 23 avril 2014 at 11 h 44 min

    Oh yes, du bon Natas comme je l’aime.

  • Reply Audert 23 avril 2014 at 11 h 48 min

    On ne peut pas rire avec n’importe qui : pas avec les chiants…
    Et j’aurais mal de rire d’un cliché raciste avec quelqu’un qui prend ça au premier degré… mal.
    De toute façon je n’ai rien pour partager ce billet, ni blog ni fb, rien

  • Reply Nico 23 avril 2014 at 12 h 11 min

    Excellent billet, sans déconner. Enfin, non pas que je me positionne en juge impartial de la qualité des billets de blogs mais pour moi (et je suis sévère, tu me connais), c’est un très bon billet, tant sur le fond que sur la forme.

    Structuré, sérieux sans se prendre au sérieux et surtout (et quoi qu’on en dise) tout à fait pondéré et équilibré.
    Non vraiment, je suis convaincu, ce qui n’engage que moi. Et je crois que c’est ce qu’il faut retenir : ce serait peut-être pas mal de commencer à parler pour soi avant de parler au nom des autres (surtout si les autres n’ont rien demandé).

    En conclusion : bravo.

  • Reply lo 23 avril 2014 at 12 h 33 min

    he, tu crois sérieusement pas que le fait d’avoir eu tant de fil à retordre avec les « MAMANGES » et que ta maman soit une mamange est une pure coïncidence ?

    et tu crois quand même pas que le fait que d’écrire « menacer ou souhaiter la mort de sa dépendance » au lieu de « descenance » est aussi un hasard ?

    tout cela est génial. absolument génial.

    l’esprit humain est formidable 🙂

    • Reply Guillaume Natas 23 avril 2014 at 12 h 42 min

      Ras le bol de ces expert en psychologie qui me cassent tous mes bons délires 🙁

      • Reply Confetti 23 avril 2014 at 16 h 00 min

        Prend garde, tu vas bientôt découvrir également que ta maman est falucharde, et que ton papa est en réalité un photographe crado/pervers homonyme de Morandini 😉

    • Reply Dallas 24 avril 2014 at 1 h 35 min

      Et tu crois aux majuscules ?

  • Reply Belga 23 avril 2014 at 15 h 40 min

    J’ai ri. Et j’ai apprécié. Ce qui n’arrive pas si souvent.

    Merci.

  • Reply Virginie Else 23 avril 2014 at 16 h 48 min

    J’aime bien ce billet, même si je ne suis pas forcément convaincue par l’intégralité de tes propos, ça donne matière à réflexion.

    lo, si je puis me permettre de faire ma chieuse, je ne peux m’empêcher de m’amuser en voyant un psychanalyste de comptoir relever une faute d’inattention, y trouver un soit disant sens et… faire lui même une faute d’inattention en corrigeant. Mais peut être que le fait que tu aies oublié le d de descendance n’est pas un hasard. Formidable en effet l’esprit humain. Personnellement j’intervertis très souvent « avant » et « avec » quand j’écris, est-ce que ça veut dire quelque chose ? Est-ce que cela a un rapport avec le fait que ma mère est également une mamange et que si ce n’était pas le cas je ne serais pas de ce monde non plus ?

    Des bisous, je vais de ce pas faire chier quelqu’un d’autre.

    • Reply lo 24 avril 2014 at 7 h 49 min

      un psychanalyste de comptoir ?

      bon, Natas, tu nous fait un billet sur le 2nd degré pour que la dame parvienne à faire caca ?

      d’avance merci

      (cela dit, oui, ma propre déformation du mot  » d e s c e n d a n c e » est cocasse (: )

      • Reply Virginie Else 24 avril 2014 at 17 h 57 min

        Oh ! Attaquer une dame sur son transit ! Comme c’est vilain ! Sache que la gent féminine ne fait pas caca, nous rendons leur liberté à des papillons ce qui est tout à fait différent.

        • Reply lo 25 avril 2014 at 8 h 48 min

          QUOI ??

          au fond, j’ai toujours su que j’étais différente …

  • Reply mina 23 avril 2014 at 19 h 45 min

    c’est un billet pour démontrer à quel point t’avais raison de rire des mamanges?
    ce qui me surprend surtout est que tu t’étonnes que certains se soient vexés de tes « moqueries » , et que tu compares la réaction de ta maman ( son expérience est maintenant loitaine), en t’en servant comme argument, à celles qui viennent de vivre ça.
    Je comprends ton état d »esprit, j’aime habituellement ton humour, mais là ça ressemble plus à de la provoc’ ( ouais je suis un durrr qui sait rire de tout, contrairement à vous!), qu’à de l’humour..

  • Reply Lethiel 23 avril 2014 at 20 h 48 min

    Je trouverai presque plus drôle qu’une mamange fasse un contenu super design sur le cadavre de son enfant, en mode pro. Au final, se moquer du Comic Sans MS, ça marche pour toute une génération j’ai l’impression.

    Si on enlève le critère relatif de la subjectivité, il y a de l’humour qui n’atteint tout simplement pas la totalité d’une cible. La différence d’âge, ou la différence de culture… J’ai toujours du mal à comprendre les jeux de mots japonais dans mes mangas.

    Du coup dans l’exemple des mamanges, je pense juste qu’elles lisent les mots, « Mamange »; »ridicule »; »comic sans ms ». Elles ne comprennent que deux mots, elles rattachent le ridicule à leur appellation, et ignorent juste le contenu de la partie qui traite de l’humour… Du coup elle passe en mode rageuse. ( il y a le côté je rage pour jouer mon rôle jusqu’au bout, mais là c’est de la subjectivité.)

    Dire que l’humour est limité par chacun, ça me semble pas trop con, et pas mal expliqué qu’on ne peut pas rire de tout avec n’importe qui.

    Sinon c’était bien drôle, merci pour ce moment.

  • Reply Re Pffffff 23 avril 2014 at 22 h 19 min

    Parfois drôle j’en conviens, mais toujours aussi mal documenté , malgré autant d’ heures passées à jubiler devant des polices ringardes et des photos de petits bébés disparus. Tu devrais peut être aussi lire le contenu des témoignages… ou simplement éviter de faire ta propre définition du mot mamange.
    La rage s’efface et laisse place à du mépris devant autant de conneries écrites et d’acharnement à vouloir faire parler de soi en « tirant sur l’ambulance » encore et encore.
    Ça doit être très dur d’être « l’enfant d’après » et de l’avoir appris fortuitement. Ça explique peut être ce besoin d’exister, de briller à tout prix, pour ne plus être le « remplaçant » (Ouh ! vilain et gratuit…. Comme beaucoup de tes écrits)
    Allez, je ne préviens même pas les copines de ce billet presque trop gentil pour être complètement honnête.

    • Reply Guillaume Natas 23 avril 2014 at 23 h 16 min

      Ah non, s’il te plait, ne préviens pas les copines.

      Ton commentaire m’a fait rire. Je te dirais pourquoi dans quelques jours.

  • Reply Re Pffffff 24 avril 2014 at 13 h 02 min

    Quel suspense!
    Évidemment, « les mamanges » comme tu nous appelles (on aime pas toutes ce mot), peuvent aussi faire du second degré pour piquer un peu. Loin de moi l’idée de vouloir m’aventurer dans les méandres de ton cerveau (trop peur pour ma propre santé mentale). Donc, s’il te plait continue à voir ta psy, elle pourra peut être faire quelque chose pour toi.

  • Reply Audert 24 avril 2014 at 14 h 11 min

    [ « les mamanges » comme tu nous appelles ]
    J’ai plutôt eu l’impression que ce qui est pointé ici c’est le phénomène qui se nomme lui-même « mamange » sur internet… par les deuils périnataux dans leur ensemble…

  • Reply Guest 15 juin 2014 at 13 h 54 min

    Bonsoir. Mouep… beaucoup de choses à dire. Déjà, ce qu’il y a c’est que si on peut rire de tout force est de constater qu’il y a des catégories de personnes qui en tant que telles ne sont pas communément des sujets de vanne. Evidemment ce sont souvent (comme c’est étonnant) des vainqueurs / dominants etc. On a des blagues sur les noirs, les arabes, les roms, bizarrement pas sur les blancs en tant que blanc (ou alors venant de noirs en réaction surement). On en a sur les homo, tarlouses et autres très affectueux terme, pas sur les hétéros en tant qu’hétéros (ou alors venant d’homos en réaction). L’humour nous situe socialement, il n’est jamais neutre. Pour aller plus loin : lorsque tu dis « on peut rire de choses horribles pour les dénoncer et non pas les cautionner » le fait est que 1. rire « de l’homophobie » sera fondamentalement différent de rire « des homos » puisque dans un cas on invalide une norme, dans l’autre on la valide, le premier sera du véritable second degré, l’autre sera juste de la merde crasse pas drôle 2. Ensuite car pour que le second degré fonctionne il faut que l’on ait au préalable connaissance de ce que pense la personne faisant la blague sur le sujet dont elle rit. Cela ne peut fonctionner que à cette condition, donc il y a des conditions. Si on sait que je suis féministe, ma blague misogyne n’aura évidemment pas la même perspective que si je suis anti-féministe etc. Dire que « si ça fait rire au moins une personne alors c’est drôle », on peut aussi rappeler que le rire est aussi un réflexe que l’on retrouve dans des procédés d’humiliation crasse. On peut rire du majeure de l’autre de manière totalement déconnectée et méchante. Le rire n’est pas synonyme d’humour. Du coup tout le raisonnement ici présent tombe en partie du fait de la possible confusion rire / humour. Ensuite : dire ‘on en rit et pourtant on est pas des enculés », cela n’explique ni ne justifie rien. Not valid. Il existe beaucoup de gens qui pépétuent à l’insu de leur plein gré des mécaniques discriminatoires et/ou oppressantes sans être pour autant des « enculés », f’est même le principe de base pour se dédouaner : on détourne le regard de la finalité pour remonter à l’inention.Et l’enfer étant pavé de bonnes intentions et le diable étant dans les détails, bon, du coup, euh ça commence à fair beaucoup. Enfin, le rire qui permet la distanciation est sain quand c’est la personne qui a besoin de créer une distance qui l’émet. En l’occurrence rire d’un trauma qu’on n’a pas directement vécu par exemple, c’est juste… euh con, de l’ordre de l’humour potache adolescent tout au plus, donc méchant et pas très haut de plafond. Tu donnes l’exemple de ta mère : ELLE a vécu le truc, elle en rit, elle le peut, elle te donne l’autorisation ce faisant. Mais c’est elle qui en a décidé d’une certaine manière. Quand tu en ris avec des gens qui n’ont aucun vécu ça c’est à mon sens du niveau cour de récré quand on rit du gros qui est une cible facile déjà bien emmerdé, alors que soi ê on est le beau gosse de la cour de récré etc. C’est : FACILE. Hyper facile. On pérpétue à mon sens des hiérarchies et des systèmes oppressants. On peut rire de tout avec n’importe qui à condition qu’on soit légitime pour le faire et/ou qu’on ait l’autorisation et/ou que le cadre depuis lequel on émet une blague cynique soit déjà connu de notre public. Qui plus est tu ne peux absolument jamais présager de comment tu réagirais à un trauma de la vie, tant que ne l’as pas réellement vécu. Ca c’est un peu une base de la vie. Du coup mieux vaut par défaut êre assez humble et prudent sur ce genre d’annonce… My two dimes. Bises.

  • Reply Guest 15 juin 2014 at 13 h 58 min

    Bonjour. Mouep… beaucoup de choses à dire. Déjà, ce qu’il y a c’est que si on peut rire de tout force est de constater qu’il y a des catégories de personnes qui en tant que telles ne sont pas communément des sujets de vanne. Evidemment ce sont souvent (comme c’est étonnant) des vainqueurs / dominants etc. On a des blagues sur les noirs, les arabes, les roms, bizarrement pas sur les blancs en tant que blanc (ou alors venant de noirs en réaction surement). On en a sur les homo, tarlouses et autres très affectueux terme, pas sur les hétéros en tant qu’hétéros (ou alors venant d’homos en réaction). L’humour nous situe socialement, il n’est jamais neutre. Pour aller plus loin : lorsque tu dis « on peut rire de choses horribles pour les dénoncer et non pas les cautionner » le fait est que 1. rire « de l’homophobie » sera fondamentalement différent de rire « des homos » puisque dans un cas on invalide une norme, dans l’autre on la valide, le premier sera du véritable second degré, l’autre sera juste de la merde crasse pas drôle 2. Ensuite car pour que le second degré fonctionne il faut que l’on ait au préalable connaissance de ce que pense la personne faisant la blague sur le sujet dont elle rit. Cela ne peut fonctionner que à cette condition, donc il y a des conditions. Si on sait que je suis féministe, ma blague misogyne n’aura évidemment pas la même perspective que si je suis anti-féministe etc. Dire que « si ça fait rire au moins une personne alors c’est drôle », on peut aussi rappeler que le rire est aussi un réflexe que l’on retrouve dans des procédés d’humiliation crasse. On peut rire du malheur de l’autre de manière totalement déconnectée et méchante. Le rire n’est pas synonyme d’humour. Du coup le raisonnement ici présent tombe en partie du fait de la possible confusion rire / humour. Ensuite : dire ‘on en rit et pourtant on est pas des enculés », cela n’explique ni ne justifie rien. Not valid. Il existe beaucoup de gens qui pépétuent à l’insu de leur plein gré des mécaniques discriminatoires et/ou oppressantes sans être pour autant des « enculés », f’est même le principe de base pour se dédouaner : on détourne le regard de la finalité pour remonter à l’intention. Et l’enfer étant pavé de bonnes intentions et le diable étant dans les détails, bon, du coup, euh ça commence à faire beaucoup. Enfin, le rire qui permet la distanciation est sain quand c’est la personne qui a besoin de créer une distance qui l’émet. En l’occurrence rire d’un trauma qu’on n’a pas directement vécu par exemple, c’est juste… euh con, de l’ordre de l’humour potache adolescent tout au plus, donc méchant et pas très haut de plafond. Tu donnes l’exemple de ta mère : ELLE a vécu le truc, elle en rit, elle le peut, elle te donne l’autorisation ce faisant. Mais c’est elle qui en a décidé d’une certaine manière. Quand tu en ris avec des gens qui n’ont aucun vécu ça c’est à mon sens du niveau cour de récré quand on rit du gros qui est une cible facile déjà bien emmerdé, alors que soi ê on est le beau gosse de la cour de récré etc. C’est : FACILE. Hyper facile. On perpétue à mon sens des hiérarchies et des systèmes oppressants. On peut rire de tout avec n’importe qui à condition qu’on soit légitime pour le faire et/ou qu’on ait l’autorisation et/ou que le cadre depuis lequel on émet une blague cynique soit déjà connu de notre public. Qui plus est tu ne peux absolument jamais présager de comment tu réagirais à un trauma de la vie, tant que ne l’as pas réellement vécu. Ca c’est un peu une base de la vie. Du coup mieux vaut par défaut êre assez humble et prudent sur ce genre d’annonce… My two dimes. Bises.

  • Reply Guest 15 juin 2014 at 14 h 00 min

    Bonsoir. Mouep… beaucoup de choses à dire. Déjà, ce qu’il y a c’est que si on peut rire de tout force est de constater qu’il y a des catégories de personnes qui en tant que telles ne sont pas communément des sujets de vanne. Evidemment ce sont souvent (comme c’est étonnant) des vainqueurs / dominants etc. On a des blagues sur les noirs, les arabes, les roms, bizarrement pas sur les blancs en tant que blanc (ou alors venant de noirs en réaction surement). On en a sur les homo, tarlouses et autres très affectueux terme, pas sur les hétéros en tant qu’hétéros (ou alors venant d’homos en réaction). L’humour nous situe socialement, il n’est jamais neutre. Pour aller plus loin : lorsque tu dis « on peut rire de choses horribles pour les dénoncer et non pas les cautionner » le fait est que 1. rire « de l’homophobie » sera fondamentalement différent de rire « des homos » puisque dans un cas on invalide une norme, dans l’autre on la valide, le premier sera du véritable second degré, l’autre sera juste de la merde crasse pas drôle 2. Ensuite car pour que le second degré fonctionne il faut que l’on ait au préalable connaissance de ce que pense la personne faisant la blague sur le sujet dont elle rit. Cela ne peut fonctionner que à cette condition, donc il y a des conditions. Si on sait que je suis féministe, ma blague misogyne n’aura évidemment pas la même perspective que si je suis anti-féministe etc. Dire que « si ça fait rire au moins une personne alors c’est drôle », on peut aussi rappeler que le rire est aussi un réflexe que l’on retrouve dans des procédés d’humiliation crasse. On peut rire du malheur de l’autre de manière totalement déconnectée et méchante. Le rire n’est pas synonyme d’humour. Du coup le raisonnement ici présent tombe en partie du fait de la possible confusion rire / humour. Ensuite : dire ‘on en rit et pourtant on est pas des enculés », cela n’explique ni ne justifie rien. Not valid. Il existe beaucoup de gens qui pépétuent à l’insu de leur plein gré des mécaniques discriminatoires et/ou oppressantes sans être pour autant des « enculés », f’est même le principe de base pour se dédouaner : on détourne le regard de la finalité pour remonter à l’intention. Et l’enfer étant pavé de bonnes intentions et le diable étant dans les détails, bon, du coup, euh ça commence à faire beaucoup. Enfin, le rire qui permet la distanciation est sain quand c’est la personne qui a besoin de créer une distance qui l’émet. En l’occurrence rire d’un trauma qu’on n’a pas directement vécu par exemple, c’est juste… euh con, de l’ordre de l’humour potache adolescent tout au plus, donc méchant et pas très haut de plafond. Tu donnes l’exemple de ta mère : ELLE a vécu le truc, elle en rit, elle le peut, elle te donne l’autorisation ce faisant. Mais c’est elle qui en a décidé d’une certaine manière. Quand tu en ris avec des gens qui n’ont aucunement vécu ça, c’est à mon sens du niveau cour de récré quand on rit du gros qui est une cible facile déjà bien emmerdé, alors qu’on est le beau gosse de la cour de récré, c’est : FACILE. Très FACILE. On perpétue à mon sens des hiérarchies et des systèmes oppressants. On peut rire de tout avec n’importe qui à condition qu’on soit légitime pour le faire et/ou qu’on ait l’autorisation et/ou que le cadre depuis lequel on émet une blague cynique soit déjà connu de notre public. Qui plus est tu ne peux absolument pas présager de comment tu réagirais à un trauma de la vie, tant que ne l’as pas réellement vécu. On croit toujours mieux se connaître qu’on ne se connaît en réalité. Ca c’est un peu une base de la vie. Du coup mieux vaut par défaut être assez humble et prudent sur ce genre d’annonce… My two dimes. Bises.

  • Reply celinab 15 juin 2014 at 14 h 01 min

    Bonjour bonjour (4ème essai sans coquille ahem). Mouep… beaucoup de choses à dire. Déjà, ce qu’il y a c’est que si on peut rire de tout force est de constater qu’il y a des catégories de personnes qui en tant que telles ne sont pas communément des sujets de vanne. Evidemment ce sont souvent (comme c’est étonnant) des vainqueurs / dominants etc. On a des blagues sur les noirs, les arabes, les roms, bizarrement pas sur les blancs en tant que blanc (ou alors venant de noirs en réaction surement). On en a sur les homo, tarlouses et autres très affectueux terme, pas sur les hétéros en tant qu’hétéros (ou alors venant d’homos en réaction). L’humour nous situe socialement, il n’est jamais neutre. Pour aller plus loin : lorsque tu dis « on peut rire de choses horribles pour les dénoncer et non pas les cautionner » le fait est que 1. rire « de l’homophobie » sera fondamentalement différent de rire « des homos » puisque dans un cas on invalide une norme, dans l’autre on la valide, le premier sera du véritable second degré, l’autre sera juste de la merde crasse pas drôle 2. Ensuite car pour que le second degré fonctionne il faut que l’on ait au préalable connaissance de ce que pense la personne faisant la blague sur le sujet dont elle rit. Cela ne peut fonctionner que à cette condition, donc il y a des conditions. Si on sait que je suis féministe, ma blague misogyne n’aura évidemment pas la même perspective que si je suis anti-féministe etc. Dire que « si ça fait rire au moins une personne alors c’est drôle », on peut aussi rappeler que le rire est aussi un réflexe que l’on retrouve dans des procédés d’humiliation crasse. On peut rire du malheur de l’autre de manière totalement déconnectée et méchante. Le rire n’est pas synonyme d’humour. Du coup le raisonnement ici présent tombe en partie du fait de la possible confusion rire / humour. Ensuite : dire ‘on en rit et pourtant on est pas des enculés », cela n’explique ni ne justifie rien. Not valid. Il existe beaucoup de gens qui pépétuent à l’insu de leur plein gré des mécaniques discriminatoires et/ou oppressantes sans être pour autant des « enculés », f’est même le principe de base pour se dédouaner : on détourne le regard de la finalité pour remonter à l’intention. Et l’enfer étant pavé de bonnes intentions et le diable étant dans les détails, bon, du coup, euh ça commence à faire beaucoup. Enfin, le rire qui permet la distanciation est sain quand c’est la personne qui a besoin de créer une distance qui l’émet. En l’occurrence rire d’un trauma qu’on n’a pas directement vécu par exemple, c’est juste… euh con, de l’ordre de l’humour potache adolescent tout au plus, donc méchant et pas très haut de plafond. Tu donnes l’exemple de ta mère : ELLE a vécu le truc, elle en rit, elle le peut, elle te donne l’autorisation ce faisant. Mais c’est elle qui en a décidé d’une certaine manière. Quand tu en ris avec des gens qui n’ont aucunement vécu ça, c’est à mon sens du niveau cour de récré quand on rit du gros qui est une cible facile déjà bien emmerdé, alors qu’on est le beau gosse de la cour de récré, c’est : FACILE. Très FACILE. On perpétue à mon sens des hiérarchies et des systèmes oppressants. On peut rire de tout avec n’importe qui à condition qu’on soit légitime pour le faire et/ou qu’on ait l’autorisation et/ou que le cadre depuis lequel on émet une blague cynique soit déjà connu de notre public. Qui plus est tu ne peux absolument pas présager de comment tu réagirais à un trauma de la vie, tant que ne l’as pas réellement vécu. On croit toujours mieux se connaître qu’on ne se connaît en réalité. Ca c’est un peu une base de la vie. Du coup mieux vaut par défaut être assez humble et prudent sur ce genre d’annonce… My two dimes. Bises.

  • Reply John Smith 2 janvier 2015 at 17 h 03 min

    Hello.
    Merci tout ce bon sens, que j’encense!

    Bon si je commente ce n’est pas pour te féliciter… mais pour avoir le mot de passe donnant accès à « Morandini, ma salope ». Google est plus mon ami pour le coup et j’ai vite abandonné la recherche sur ton Twitter vu l’incompréhension que je porte au fonctionnement de cette plateforme…

    Un petit mot de passe pour une âme égarée?
    Merci 🙂

  • Reply alice de nada 7 juin 2017 at 15 h 46 min

    Au début je lisais distraitement et me disais « c’est qui ce con qui écrit ça, clône d’Hanouna, à se moquer, c’est abusé, encore un qui justifie de se gausser de tout et tous, juste au nom de l’Uuumour !? »
    Et puis, arrivée à peu près au centre du texte, j’ai vu : le lien. Photo pour de vrai du macchabée mort-né. Lu aussi (en comics orange rien que la couleur aïe j’ai mal aux yeux) : « je t’ai changé, ton papa avait acheté un petit pyjama […] avant que tu ne partes pour l’autopsie » quoi !? euh woputain
    et j’ai compris. Ton argument. Putain ! elles le méritent.

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