MES QUELQUES MINUTES À DOEL, VILLAGE AGONISANT

15 juin 2014

Il y a quelques semaines, lors d’un week-end en Belgique, nous décidons, avec Matthieu et Sachie, de partir visiter Doel.

Doel est un petit village, tout au nord de la Belgique, qui a accueilli, au sommet de sa gloire durant les 100 dernières années, 1500 habitants. Durant ces mêmes 100 dernières années, ont été construits juste à côté : le port d’Anvers (le deuxième plus important port européen) et une centrale nucléaire.

Doel_Centrale

L’évacuation du village et l’expropriation des habitants ont été ordonnées en 1999, à cause des dangers relatifs à la centrale et pour servir les projets d’expansion du port. Aujourd’hui, une trentaine de personnes y habitent encore et une association lutte sa réhabilitation. Mais depuis cette année le sort de Doel est scellé. Il ne reste que quelques mois avant qu’il ne soit détruit.

Doel-2

Nous prenons la route en début de soirée, avec un 4×4 Suzuki et un pack de bières, quittant Bruxelles pour traverser une campagne plate, alternant entre des paysages ruraux et industriels. À la bordure du port, nous nous retrouvons au coeur d’un chantier géant, nous contournons des routes bloquées par des montagnes de terre pendant que le GPS devient fou. Après avoir traversé des voies ferrées en priant pour qu’elles soient désaffectées, et longé d’énormes tas de poussière qui formaient sur le chemin un brouillard pâle, nous arrivons à Doel.

Maison-Doel

De part et d’autre de la route sur laquelle nous roulons au pas, des maisons vides et tagués aux fenetres cassées ou murées. Nous sommes tous les trois sonnés par la transition entre le bordel du port et ce paysage post-apocalyptique. Silencieusement, nous admirons ce décor de baraques abandonnés, de jardins en friche et de commerces fermés.

Doel-Paysage

Sans vraiment peiner pour trouver de place pour se garer, nous continuons la visite à pied. À pas de loup et dans le silence. Il fait bon, il fait peur, c’est grisant.

Doel

À Doel, les derniers habitants du village veillent. Par deux fois, on nous rappelle fermement qu’il est interdit de rentrer dans les maisons, que des gens habitent encore ici et qu’il ne faut surtout rien toucher ni abimer. Il y a quelques années, un photographe s’est tué en passant à travers le plancher, alors qu’il explorait une maison en ruine. Nous pouvons tout de même visiter le village, très paisiblement, la nuit tombante.

Doel-1

La ville est un spot de choix pour les street-artiste. On y croise des oeuvres superbes.

Doel2-1Notre exploration nous mène dans un ensemble de maisons, cachées derrière une jungle de nature et partiellement effondrées, dans lesquelles nous trouvons une cuisine, une chambre, une salle de bain et un salon, en ruine, mais garnis de détails qui rappellent qu’il y a encore quelques années, des gens ont vécu entre ces murs. On trouve des poupées d’enfants, des casseroles, des pots de confiture vides, un calendrier.

Sans nous attarder davantage, car la nuit tombe, nous repartons vers Bruxelles. Laissant ce village incroyable, le port et la centrale nucléaire, derrière nous.

Doel---Arret-de-bus

Je retournerais à Doel, si j’en ai l’occasion, autant de fois que je le pourrais avant qu’il ne soit détruit. C’est un lieu tout à fait incroyable, vibrant de mélancolie, sinistre, beau et troublant. C’est un lieu agonisant, qui respire encore un tout petit peu. Si vous allez en Belgique, faites-y un tour.

Comme moi, vous n’oublierez jamais votre voyage là-bas.

Doel-ombre Doel---Matthieu-1 Doel---Pompe Doel-Matthieu-Guillaume Doel-Maison

Photos : Sachie Nagasawa – Tous droits réservés

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