Soirée Fetish : N’ayez pas peur de la Nuit Démonia…

17 juin 2015

…. non vraiment. N’ayez pas peur, il n’y a aucune raison.

Cette année, comme les trois dernières, j’ai passé quelques heures à la Nuit Démonia. La plus grosse, la plus populaire et donc forcement, la plus spectaculaire des soirées fétichistes parisiennes.

Mais commençons par le début : que fous-je en soirée fétichiste alors que je ne cherche ni particulièrement les coups de fouet ni les odeurs de pieds. Il ne reste que deux raisons valables : la subversion et le spectacle. C’est vrai que ça sonne quand même un peu comme une bêtise, comme une audace. Si maman et papa savaient… houlala. (en fait, chaque fois j’espère ne pas les croiser) Pour le spectacle, nous sommes chaque année servis tant la nuit est riche en performances organisées ou improvisées.

En route.

23 h 30. On décolle en UberPop, notre premier acte décadent de la soirée. Faisant fi de la loi et de la polémique, j’embarque avec mon meilleur ami dans un de ces élégants taxis clandestins : « Ici, c’est mieux que les taxis! Bienvenue dans une voiture avec chauffeur, à l’américaine. », nous annonce Mehdi, noté 4,8/5 sur l’appli. Le mec ne nous ment pas : les vides poche débordent d’arlequins et de Krema. La grande vie. Une demi-heure, treize arlequins et quinze euros plus tard, nous sommes devant les crayères de Montquartiers à Issy-Les-Moulineaux.

Mes amis savent que je préfère me faire fouetter avec des orties fraîches plutôt que de sortir en banlieue. Ce soir je suis bien parti pour goûter aux deux.

NuitDemonia

Cette année, le thème « Fetish Movie » est violemment influencé par le dernier Mad Max. Tant mieux. Nous sommes accueillis par deux War Boys plutôt convaincants — surtout celui qui fait du 90C.

Passage au vestiaire : toujours un grand moment. Imaginez une cabine d’essayage de 10 mètres carrés, mixte et dans laquelle une vingtaine de personnes s’ingénie à rentrer dans des vêtements parfois en latex et toujours trop petits pour eux. Talc et sueur. Pour ma part, j’enfile une robe pour mec et une chemise, tous les deux en vinyle.

Mon astuce séduction : porter un t-shirt de running sous la chemise, pour moins transpirer.

sape-Demonia

Il est tôt, mais c’est déjà un peu le bordel. Nous nous engouffrant dans le couloir de pierres vers le dancefloor électro. La musique pulse fort et les gens se bousculent. Distrait par le changement d’ambiance, je me prends les pieds dans Jean-Bernard, 45 ans, qui se traine par terre dans son costume : quatre paillassons fixés autour de son corps nu avec des sangles en cuir. Jean-Bernard aime qu’on lui marche dessus et semble avoir trouvé un bon spot. Il me demande de sauter à pieds joints sur son dos. J’ai des NewRock aux pieds… Je décline. Jamais le premier soir.

Sur le dancefloor, les corps s’emmènent dans un alliage de cuir, de vinyle, de peau et de métal. Ambiance post-apocalyptique alors que sur la scène – contraste radical – deux danseuses avec des masques de dinosaure, mademoiselle T-Rex et mademoiselle Tricératops, nous offrent une réinterprétation, tendre et solide à la fois, de la fin du crétacé, à base de bisous et de coups de griffe.

DinoVinyl

J’avance dans les caves et repère un rideau rouge. Il se passe souvent des choses assez chouettes derrière les rideaux rouges. Je m’approche et aperçois une femme dans la pénombre. Elle est à quatre pattes sur le sol, un plug anal jaillit de ses fesses et forme une queue de cheval. Certainement pour rester dans le thème, elle porte également un mors en plastique la fait un peu baver. Derrière elle, un type, avec une cape en cuir et rien dessus, la fouette tendrement en susurrant assez fort pour que l’assemblée entende : « Huuu Huuu, il est beau mon poney… ». Sur le flanc, je reconnais un tatouage. Pas le petit arc-en-ciel de Rainbow Dash, mais le symbole arménien de l’éternité. (Armenian_Eternity_Sign_Regular)

Même pas vingt minutes et me voilà déjà en face de madame Baskalian ! Cette année, elle est donc en poney.

Ma belle histoire d’amitié avec Madame Baskalian avait mal commencé. J’étais en seconde, et elle était ma prof de math (et professeure principale) qui me détestait et qui avait refusé de corriger un devoir, parce que je l’avais rendu sur une copie double arrachée du centre de mon cahier d’histoire-géo (pratique pourtant courante à l’époque). J’avais tout de suite compris que j’avais affaire à une sale pute sadique.

On ne s’est pas vu depuis la dernière Démonia. Je suis super content de la retrouver, car maintenant, nous sommes super copains. Accroupi à côté d’elle, je prends quelques nouvelles. Elle ne peut pas trop répondre, mais elle fait « oui » de la tête quand je lui demande comment vous ses enfants. Je lui glisse un billet de 50 euros dans le coin de la bouche. C’est une private joke entre nous au jour en référence au jour où elle avait dit à mon père « Monsieur, je sais que je payerai le RMI de votre fils toute ma vie ». Le cœur en joie, je repars.

Incontournable dans ce genre de soirée : l’atelier Shibari. Spectacle émouvant que celui de regarder quelqu’un se faire attacher. L’homme qui tient les cordes semble immense, devant sa proie : une jeune femme menue aux longs cheveux bruns. Il l’attrape doucement par les épaules, puis la ramène brusquement vers lui. Il saisit une poignée de cheveux, lui tire la tête vers l’arrière et l’embrasse. Elle tombe à genoux. Prête à subir les cordes. L’état dans lequel se trouve la femme est un état de lâcher-prise. Certains le trouvent dans la méditation ou la défonce, elle, l’atteint en quelques secondes entre les mains de ce géant. Elle a les yeux légèrement fermés et tient à peine droite. Les cordes se croisent sur sa peau, forment des dessins dans son dos, serrent et compressent ses seins. Il la hisse avec une poulie fixée au plafond et la fait se balancer doucement. Elle semble au sommet de sa vie. Le spectacle nous a ouvert l’appétit.

roti-boeuf-tranche-grasse

Il est possible de dîner au restaurant, à la nuit Démonia, mais nous préférons le stand de crêpes.

Dans la file d’attente — car oui, il y a une sacrée file d’attente pour avoir une crêpe —, je suis juste derrière une créature en « total enclosure », c’est-à-dire qu’il porte un costume qui l’enferme de la tête au pied. Son masque en cuir, couvert de cadenas lui donne des airs de Pont des Arts et ne lui laisse que deux petits trous pour les yeux et un pour le nez. Ses mains sont attachées dans son dos par des menottes en cuir et il est perché sur des talons très hauts. Avec toute l’imagination du monde, je n’arrive pas à imaginer comment – putain de bordel de merde – ce truc va bien pouvoir commander, saisir et manger une crêpe. Je tente une approche : « Bonjour, je suis Guillaume Natas, blogueur et amateur d’aligot ». Il se retourne, se penche pour me regarder, mais ne me réponds pas. C’est bientôt son tour. Je trépigne d’impatience de voir ce qui va se passer, j’en oublie presque ma faim. Mais au moment de commander, la créature sort de la file et retourne se placer en dernière position. Fétichisme de l’attente? Punition donnée par sa maîtresse? Je ne saurais pas. Créature, si tu me lis, dis-moi, je n’en dors plus. Tu me hantes. Je t’imagine sous mon lit, attendant ta crêpe et sachant qu’elle ne viendra jamais.

La suite de la nuit est un peu nébuleuse dans mon esprit. Je vois des jagerbombs, de la musique très forte, une grosse chaleur et des gens très beaux. Je vois une reine de cœur promener ses valets, un acteur récurant chez Jacquie et Michel et des gens avec des laisses qui tiennent parfois d’autres gens avec des laisses. Je vois un tout petit homme avec des chaînes partout, à la recherche de sa maîtresse. Je me souviens d’un couple du troisième âge qui semblait beaucoup s’amuser avec des aiguilles à tricoter. Je me souviens que dans ce genre de soirée, tout le monde se respecte beaucoup plus que dans les bars ou dans les boites. Que personne ne te touche si tu n’as pas envie. Je suis rentré heureux de voir que je vis dans une ville et un pays où il y en a pour tous les goûts tant qu’on est adulte, consentant et bien élevé.

N’ayez pas peur des soirées fétish et l’année prochaine venez découvrir la Nuit Démonia. Non vraiment, n’ayez pas peur, il n’y a aucune raison.

Photo « Reine de coeur » : Lyss PrettyParadoxal Studio

You Might Also Like

3 Commentaires

  • Reply Phonography 18 juin 2015 at 22 h 10 min

    J’ai bien aimé ce billet qui à première vue ne semble voué qu’à satisfaire le voyeurisme du non-initié. Mais ce n’est pas tant cette curiosité piquée et satisfaite qui m’a plu dans cet article que le regard amusé (sans être moqueur) posé sur le peuple fréquentant ce lieu.

  • Reply Jean Paul 19 juin 2015 at 14 h 10 min

    « acteur récurrent » ou « acteur récurant » les chiottes, on ne saura probablement jamais

  • Reply Dark witch 6 janvier 2016 at 23 h 03 min

    Merci pour cet article, ça donne envie d’y être et j’ai énormément ri avec l’histoire de la crêpe…

  • Leave a Reply