Black Mirror – Saison 3 : Plus vraiment dans le turfu

24 octobre 2016

Vendredi, alors qu’Internet subissait une attaque historique, Netflix nous a lâché une saison de 6 épisodes de Black Mirror. Cohérent. Pour les fans de la première heure, c’est un grand jour. Presque un miracle. Plus d’épisodes en un week-end qu’en 3 ans.

J’entretiens avec moi-même une tradition de plusieurs années avec Black Mirror : regarder le soir, seul et avec mon téléphone en mode avion. Je ne me souviens pas d’un épisode qui ne m’ait pas laissé avec le ventre noué. Alors j’ai avalé cette nouvelle saison en deux nuits.

3×01 — Nosendive

Cette nouvelle saison commence avec une critique du rapport que nous avons avec notre image sur les réseaux sociaux. On découvre une jeune femme obsédée par sa note sur le réseau social à la mode. Pour gagner des points, elle prend en photo son petit déjeuner et fait des sourires niais à ses amis, le tout dans un monde aux couleurs pastels… Sans surprise, l’héroïne se retrouve par un malheureux concours de circonstances avec un score qui dégringole en quelques heures. On découvre alors sa prévisible descente aux enfers, ponctuée de rencontres avec des personnages clichés…

Le propos est usé jusqu’à la corde et n’est pas traité avec inventivité, aucun personnage n’est crédible. Pendant l’épisode, je suis allé pisser sans même mettre sur pause. À mon retour, c’était toujours aussi chiant et moralisateur. Si vous ne vous êtes jamais rendu compte qu’Instagram nous rendait parfois un peu superficiel et insupportable, cet épisode devrait provoquer chez vous une douloureuse remise en question. Sinon, allez plutôt prendre un bain ou arroser votre bonsaï.

Black Mirror - Nosendive

3×02 — Playtest

Ce deuxième épisode nous plonge dans la vie d’un jeune homme qui — certainement avec nos impôts — passe sa vie à voyager, boire des cafés et draguer des filles. C’est en tout cas ce qui se passe pendant les 20 premières minutes. Et ce n’est pas rien de passer 20 minutes à regarder un mec vivre une vie de blogueur. Heureusement, après son 4e café en terrasse, notre ami se voit offrir l’opportunité de tester un jeu horrifique en réalité augmentée — expérimental bien entendu. Le jeu est directement chargé dans son cerveau et va fouiller dans sa mémoire pour extraire ses peurs secrètes et créer des situations de plus en plus intimes et terrifiantes.

Une fois passée l’installation longue et laborieuse, l’histoire fonctionne assez bien. Comme le héros, on perd vite pied, peinant à déceler le vrai du faux. Mais à l’instar de l’épisode précédent, ça enfonce des portes ouvertes et manque d’une (ou de plusieurs) vraies bonnes idées. C’est divertissant, parfois prenant, mais pas glaçant. Un peu comme manger un yaourt au caramel quand on veut — et qu’on attend depuis 3 ans — une glace au chocolat.

Black Mirror - Playtest

3×03 — Shut Up and Dance

Cette troisième histoire aborde le sujet — pour la première fois dans Black Mirror, pas comme la RÉALITÉ VIRTUELLE — du harcèlement et du chantage en ligne (Lecteur tatillon : Oui, alors l’épisode de Noël blabla. Moi : *silence chargé de mépris*). Kenny est un jeune au regard fuyant et à la pilosité faciale incertaine qui se retrouve la cible d’un hacker qui le menace de balancer des photos de lui à poil s’il ne lui obéit pas. Tout l’épisode est une course fiévreuse dont je vous laisserais découvrir l’enjeu, jusqu’à un twist final glaçant. Gênant et intelligent.

On retrouve dans cet épisode un arrière-goût du magistral The National Anthem — le premier épisode de la saison 1. Car Shut Up and Dance ne se déroule pas dans un univers futuriste plein de gadgets, mais surtout parce que l’épisode est une vraie montée en pression, portée par deux acteurs extrêmement convaincants. Bon, ça reste un arrière-goût de la saison 1, car autant dans le stress ressenti que dans l’enjeu, on est quand même bien loin du type qui doit enculer un cochon en direct à la TV…

Black Mirror - Shut Up and Dance

3×04 — San Junipero

Noémie est une jeune femme dévergondée alors que Miranda est un peu timide et réservée (ce ne sont pas les bons noms, mais j’ai complètement oublié les vrais). Noémie et Miranda tombent amoureuses et font la fête toute la journée à San Junipero, une ville qui semble avoir la particularité de changer d’époque chaque semaine sans que personne n’en ait rien à foutre ni que cela ait la moindre incidence sur l’histoire, mais ça permet de deviner le twist, si on est un peu malin. Donc, oui, il y a un twist, que je vais éviter de vous révéler, car sinon, vraiment, cet épisode n’aura plus aucun intérêt. Mais sachez que contre toute attente, il n’est pas impossible qu’un peu de RÉALITÉ VIRTUELLE se cache derrière toute cette histoire…

Je pense que c’est le pire épisode de la série. J’ai déjà été plus captivé en regardant la pluie couler sur mon Velux. L’épisode met des plombes à se mettre en place pour ne nous raconter, finalement, absolument pas grand-chose. C’est plutôt joli, mais putain qu’est-ce que c’est chiant… Quant au twist dont j’ai très respectueusement tu la nature, sachez tout de même, qu’il est déjà vu, revu, remaké, porté sur Game Cube, puis vendu sur Steam pendant les soldes et enfin diffusé pendant la nuit, en semaine, sur une chaine du câble. Aucune surprise. Quelques questions posées maladroitement. Finalement on dirait un hommage raté à Black Mirror.

Black Mirror - San Junipero

3×05—Men Against Fire

Les gentils.
Les méchants.
La RÉALITÉ VIRTUELLE.
Qui sont les gentils ?
Qui sont les méchants ?
Vous avez 60 minutes.

5/20.

Black Mirror - Men Against Fire

3×06—Hated in the Nation

Dans un monde où les abeilles sont toutes mortes et ont été remplacées par des petits robots pollinisateurs, Jo Powers, une journaliste un peu taquine, est retrouvée morte alors qu’elle est victime d’un bonne grosse shit-storm sur Internet. Son mari jure qu’elle s’est tranché la gorge devant ses yeux. Le lendemain, même punition pour un rappeur qui a un peu trop ouvert sa gueule. La détective Karin Parke et son adjointe (qui ressemble à Alison Wheeler) enquête sur l’affaire. Je vous laisse découvrir la suite.

La vraie réussite de cette saison. Cet épisode est un Black Mirror comme je l’aime. L’épisode pose de vraies questions qui raisonnent avec les problématiques de notre époque de manière subtile et très juste. On y parle de terrorisme, d’écologie et de Sociale Justice Warrior, mais jamais de RÉALITÉ VIRTUELLE. Superbe. Mon seul regret : le besoin de caler une pseudo happy-end à la fin. J’aurais préféré un ending plus sombre. Encore plus sombre.

Black Mirror - Hated in the Nation

Pour conclure, cette nouvelle saison est globalement décevante.

D’une part, cette saison traite trop souvent de thèmes vus et revus, comme la RÉALI… vous voyez ce que je veux dire… Les problématiques ont évolué depuis le début de Black Mirror, mais la série semble stagner. C’est dommage, car les sujets ne manquent pas et dans le passé Charlie Brooker a su nous surprendre… pas cette fois. D’autre part, la série est moins glaçante qu’avant. Les personnages sont moins malmenés, plus humains. C’est regrettable, car cette audace et cette cruauté qui se dégageaient des scénarii étaient dans l’ADN de Black Mirror.

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1 Commentaire

  • Reply Monsieur Bazin 24 octobre 2016 at 0 h 49 min

    Encore une fois, je rejoins ton avis globalement. Surtout que j’ai découvert Black Mirror il y a seulement quelques semaines. J’ai été noué à deux ou trois reprises mais pas autant surpris que par des épisodes de la S2.

    Belle écriture comme toujours, mais mon Natasisme me fait manquer d’objectivité.

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